Cette crise épidermique

Cette crise épidermique, ce mouvement de contestation des gilets jaunes né dans la spontanéité d’octobre perdure ! Cette prise de parole chemine de rue en avenue de rond point en parking, de samedi en samedi, jusqu’à teinter de jaune fluo ce mouvement.

L’expression de ce mouvement a évolué de manière inattendue et de façon positivement anarchique. Ces manifestants que l’on pourrait qualifier de revendicateurs sans chef proposent de créer une assemblée délibérative pour la transition écologique. Toute philosophie humaniste ne peut que se féliciter d’un tel mouvement et admirer toutes ces personnes présumées ordinaires qui font société avec dignité et solidarité.

Mais ce mouvement est accompagné depuis le début d’une cohorte d’individus à la remorque de ce soulèvement populaire, tantôt complotiste, tantôt homophobe, dernièrement antisémite ; des groupuscules de l’ultra-droite en passant par l’islamo-gauchisme, ne doivent pas dénaturer l’esprit de cette contestation populaire.

Le mouvement des gilets jaunes traduit le mépris d’une aristocratie gouvernementale qui ouvre une voie royale aux extrémistes. L’alarme républicaine est jaune fluo, malgré les scories qui gravitent et l’aporie d’un raisonnement où un collectif se présente comme apolitique, s’oppose à un modèle collectiviste tout en réclamant plus de justice sociale avec moins de représentation parlementaire !

Et face à cette crise, le prétendu « réalisme » de nos dirigeants peut paraître un escamotage qui ignore le quotidien du citoyen. Ce « réalisme » doublé du « pragmatisme » de nos décisionnaires apparaît comme un masque dogmatique du libéralisme.

Comment lutter contre cette perspective alarmiste et alarmante. Pouvons nous accepter cette voie pessimiste qui est présentée comme lucidité ou comme une abstraction ne traduisant que l’impuissance des penseurs qui conseillent le prince ? Ce pessimisme souligne l’absence d’imagination, invoque un fatalisme providentiel et laisse deviner une indolence de la pensée.

En France, faire coïncider élection présidentielle avec élection législative au scrutin majoritaire à deux tours, avec un quinquennat, revient à donner pendant 5 ans le pouvoir à un seul individu. Et la démocratie est par définition opposée aux décisions d’un seul être.

Enfin le deuxième tour avec les deux seuls candidats confisque très largement le choix de l’électeur, qui permet au futur élu, selon les règles pseudos démocratiques d’arriver vainqueur avec un peu plus de 18 % des voix du premier tour !

Ce qui nous amène à repenser le volet politique de notre vie électorale. Le pouvoir des citoyens est donné par le régime démocratique qui garantit les libertés ; non par un système économique mais avec l’application d’un système politique.

 C’est cette monarchie électorale qui a participé à provoquer ce mouvement insurrectionnel nommé « gilets jaunes ». Le citoyen veut reprendre la main sur le collectif et sur l’écologie

La gestion purement comptable est difficilement entendue par le citoyen qui souhaite une gestion décentralisée. Le jacobinisme est perçu comme un frein à toutes les initiatives locales. En partant des savoirs faire régionaux, le citoyen pourrait reprendre la main sur la direction d’une vie où le développement durable serait plus accessible.

L’écologie doit être sociale et solidaire pour un meilleur partage des richesses. Une réorganisation du territoire devrait combiner une meilleure gestion des coûts et de la pollution. Une façon sans doute subjective d’aborder la place que chacun peut tenir localement, plus proche que nos places virtuelles dans notre monde numérique.

Plus que jamais, ceux qui ont la charge de gouverner la France, doivent mesurer les distances entre les populationsqui la composent, c’est-à-dire ceux qui vivent et qui meurent ; pour construire le peuple, c’est-à-dire celui qui dure, sous le pacte républicain passé entre tous les citoyens. La construction de l’identité d’un peuple doit s’effectuer sur l’ensemble des relations tissées dans l’espace commun : un droit du sol plus qu’un droit du sang. Ce droit du sang, qui n’a aucun sens, sinon d’être générateur de divisions sous le label d’un certificat de moralité.

De plus, les attaques de l’individualisme anglo-saxon, système où la liberté du chacun repose sur la compétition sont incessantes ; l’autre étant un adversaire. Cet idéal a pour guide la providence comme proposition spirituelle et s’oppose à la construction de notre Etat social. Plus que jamais notre système est attaqué et l’intérêt général trouve son principal allié dans notre principe républicain qu’est la Laïcité. Toutes les organisations et associations laïques, doivent parler d’une seule voix, l’expression universaliste reste l’expression française depuis la révolution. C’est cela faire société.

Alexandre PICHOT Président de l’UFAL – Toulon le 28 février 2019.

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