Le travail en France

Le travail est une invention relativement récente. Les sociétés primitives, non structurées par le travail et son organisation, se contentaient d’assouvir leurs besoins physiques et naturels. Ce n’était pas toujours facile, mais l’obsession n’était pas d’en avoir plein les armoires comme le chante Souchon.

Au moyen âge, il y avait des besognes, des peines et des hommes de peine, le labeur (le travail du laboureur), il y avait l’œuvre c’est-à-dire le travail des artisans.

C’est au 18ème siècle que le travail a réellement été inventé, en tant que moyen d’acquisition de revenus, permettant en quelque sorte et pour certains individus de vivre et pour d’autres de survivre.

On nous expliquait qu’il y avait deux sources à la dignité, le travail pour les uns et la propriété pour les autres, car les grands propriétaires n’avaient pas besoin de travailler et du moment qu’ils avaient des propriétés ils avaient le droit de vivre. Quant aux autres, ils devaient acquérir le droit de vivre en travaillant. Monstrueuse injustice. Sans parler du vote censitaire qui écartait les non-propriétaires du corps politique et sanctionnait le triptyque républicain, l’égalité n’est plus la liberté.

Plus près de nous avec les 30 glorieuses, le plein emploi à plein temps pour tous est maintenant sévèrement remis en question. La raréfaction du travail bouleverse les évidences d’hier. A cela se rajoute les confinements liés au covid. Selon Bill Gates l’emploi dans moins de 20 ans deviendra exceptionnel.

Longtemps glorifié parce que présenté comme fondement de notre organisation, comme valeur sociale et républicaine, le travail, ce ciment actif permettait la retraite pour les anciens. Ces mêmes anciens assuraient la transmission des acquis, des gestes, des savoir-faire. Cette glorification a des difficultés à trouver un sens dans notre décennie. La transmission n’est plus assurée parce que le coût domine, rappelant un vieil adage que le temps c’est de l’argent, donc transmettre c’est un coût. Mais la transmission est-elle uniquement matérielle ?

Pourtant, le travail comme le pain se partage ; selon l’article premier des Droits de l’Homme, nous devons « agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Au demeurant, ne faut-il pas patienter jusqu’à la lecture de l’article 23 (des Droits de l’Homme) pour voir apparaître le concept de travail. Il y a donc 22 articles précédents qui requièrent des droits pour l’humanité autres que le travail ! Est-ce que le travail est un droit fondamental ? Le travail n’est pas une valeur morale mais bien une valeur économique. Antérieurement au mois d’août 1789 des droits de l’homme, avec la morale chrétienne, les évangiles ne parlent pas du travail. Donc, cette glorification, ce culte du travail relativement récent reste une instrumentalisation dont le but est d’occuper autant les esprits que le temps des citoyens, qui ne sont plus ou ne devraient plus être des sujets. Une société matérialiste est apparue sous l’autorité bicéphale du travail d’un côté, et de l’autre, de son virtuel pendant pognon, caillasse, grisbi, oseille. Pourtant les propositions d’emplois ne sont plus au rendez-vous. L’entreprenariat est en panne de création et un peu aussi de rémunération. Et c’est bien du côté associatif que l’emploi se maintient.

Les récentes périodes de crises sanitaires ont donné un coup de fouet aux nouvelles formes dont le télétravail. Mais la culture managériale fondée sur la surveillance plus que sur la confiance a créé des réticences, plus du côté de l’encadrement que des télétravailleurs. Les « surveillants » ont deviné l’obsolescence de leur emploi au profit d’une plus grande autonomie du télétravailleur, parce que le travail est et reste une aventure collective.

Ma conclusion à cette courte introduction sur le travail m’amène à me demander s’il n’y a pas de lien direct entre les trois quart d’abstentionnistes aux dernières élections et la rupture du citoyen avec notre contrat social. Cette rupture ne tiendrait-elle pas au concept travail quand les demandeurs d’emplois progressent en nombre et que l’emploi se raréfie de mois en mois. 

Le concept du travail est à repenser, chers adhérents et chers sympathisants, nous pourrions nous retrouver pour une libre discussion dans les semaines à venir. Un retour sur votre possible adhésion à une discussion nous serait agréable. Selon l’évolution de la crise sanitaire, cette discussion pourrait se faire de manière virtuelle ou en présentiel avec une conclusion apéritive selon l’usage ufalienne-toulonnaise. 

Alexandre PICHOT Président de l’Ufal-Toulon

Axes de discussion possibles :

  • Le revenu universel ne devrait-il pas exister par la raréfaction de l’employabilité, donc du « chômage ».
  • L’essence de l’école n’est pas de former des travailleurs mais d’instruire les futurs citoyens. D’où l’importance d’ouvrir les champs des possibles. Maintenir les cours d’histoire, parler de l’écoumène (géographie humaine), généraliser les cours de philosophie à toutes les classes dès le plus jeune âge et ne pas réserver cette initiation aux terminales, qui exclue de fait tous les non-prétendants au baccalauréat.
  • La délocalisation et la productivité restent les deux axes de la destruction massive d’emplois, la politique de la relocalisation permet aussi simultanément de développer une économie circulaire, solidaire et plus écologique en transport des marchandises.
  • Le destin de la France doit-il être une société de service, un pays de tourisme ?
  • L’affaiblissement général des syndicats dans le monde du travail pose un vrai défi pour leur survie, l’individualisation galopante des années 2000 font que le corporatisme recule, réduisant l’action collective au profit de posture contrainte toujours plus individuelle (télétravail, covid …). Situation paradoxale, tout comme la lutte contre les communautarismes, le syndicat de travailleurs est une forme périmée de syndicalisme parce qu’il ne regroupe que les personnes qui ont un travail régulier et rémunéré. Le syndicalisme pourrait trouver un renouveau par une quête universaliste de l’employabilité. L’esprit même du travail en serait retourné : un syndicat de citoyen en tant que personne intégrée.
  • Le travail, tel que nous l’entendons est une invention du capitalisme. En réaction, les travailleurs s’organisent et le code du travail ne cesse de grossir depuis. Le travail n’est pas une marchandise et le salariat est une forme de sa protection. Plus ce code est évolué plus l’indice de civilisation est élevé. Le citoyen peut aimer son travail sans consentir à sa propre exploitation.
  • La pauvreté est relative, la misère est terrible. La misère, c’est l’insuffisance de ressources pour vivre, c’est quand nous n’avons pas les moyens de satisfaire nos besoins primaires. Tout le monde peut-être le pauvre ou le riche de quelqu’un, un miséreux n’a même pas cette capacité. Alors, comment penser l’avenir du travail quand les dispositions collectives à sa réalisation disparaissent au profit de la technologie qui reste captive et permet aux plus riches d’être encore plus riches et aux pauvres de tendre vers la misère.
  • De nouvelles activités sont possibles coté « réparations écologiques », mais soulèvent une réalité matérielle qui se traduit par une conflictualité entre le social et l’économie. Le financement de l’engagement écologique est pris à tort sur le social. Cet engagement financier ne devrait-il pas trouver d’autres moyens, sur les économies d’emplois dues aux progrès du numérique et des automatisations réalisées par exemple.
  • La révolution numérique risque de déshumaniser le travail, si celui-ci en vient à être conçu sur le modèle des ordinateurs. Le risque (Alain Supiot) est de concevoir l’intelligence comme un programme, le cerveau comme un logiciel et l’homme comme un être programmable.

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