La bienveillance politique.

Selon le Larousse, la bienveillance est une disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui, ou encore une disposition généreuse à l’égard de l’humanité. Quand elle est politique elle devient une arme, car cette bienveillance ne reconnait que les différences au niveau de l’individu. A vouloir valoriser les différences de chacun, nous perdons l’intérêt du collectif. 

Avec la liberté individuelle de ne pas se faire vacciner, l’individu pourrait mettre en danger les autres. Mais rien n’est démontré. L’argument que le citoyen vacciné peut être porteur du virus permet d’imposer sa liberté antivaccins. L’humanité est composée d’humains différents ; différence d’origine sociale, de genre, de capacités intellectuelles ou physiques … Et, à vouloir une société bienveillante, nous valorisons les différences et de fait nous nous écartons d’un des triptyques de notre République : l’ « Egalité ». Car la bienveillance politique amène à considérer, à valoriser les plaintes et les victimisations qui morcellent le peuple, ce même peuple qui souhaite pourtant fonder société. La bienveillance politique s’arrête où commence l’intérêt de l’Etat.

Ainsi, Mme MERKEL a mené une politique d’accueil des migrants tandis que la France tergiverse encore sur un péril supposé d’un accueil massif de réfugiés.                      La bienveillance d’outre-Rhin souligne l’intérêt d’une nation vieillissante, alors qu’en France la bienveillance politique s’interroge sur l’opportunité d’un accueil tout en maintenant une surveillance des frontières, plus soutenue encore du côté italien.

Pourtant, nous constatons que les politiques internationales dans leur volonté bienveillante, veulent libérer les peuples de leurs tyrans. Ainsi, l’ingérence du monde occidental provoque des trous noirs, qui aspirent des foules humaines pour les recracher du côté de leurs libérateurs. Pouvons-nous blâmer ces réfugiés qui tapent à nos portes ?

Mais l’accueil des libérateurs n’est pas à la hauteur de l’espérance des migrants. Pourtant, la motivation des migrants ne peut pas être remise en doute, ils quittent tout et donnent ce qu’ils possèdent aux passeurs pour embarquer sur des rafiots aux issues plus qu’incertaines. En face les nations émancipatrices d’un moment, sont débordées dans leur pays par un populisme grandissant qui se généralise à l’occident, proposant un protectionnisme dont la fibre humaniste brille par son absence. Le cœur de l’argumentation se fonde sur l’étranger, aux mœurs et aux pratiques non conformes aux usages du vieux continent. Et l’étranger reste encore le bouc-émissaire de la confusion et d’un désordre annoncé. Le refus de l’étranger ne s’affiche plus comme haineux, il est présenté comme constitutif de la survie. Et poussé au paroxysme, le principe du grand remplacement s’impatronise comme une forme respectueuse des particularismes franco-français.

Cette logique ordinale, cette sotériologie en France, proposerait même l’homme providentiel attendu par certains citoyens à l’élection présidentielle en 2022 en France. Mais l’étranger ne fait pas le programme politique d’un quinquennat.

Là encore, la crise des migrants est la conséquence directe de cette politique bienveillante internationale. Nous provoquons là une déstabilisation mondiale. L’historiographie de chaque peuple ne peut pas faire l’économie d’une lente maturité qui a accouché en Europe de la démocratie, qu’elle soit républicaine ou monarchique (expression du 9 10 2021 : – « Question de guerre, question islamiste et l’échec des réponses américaines »).

L’Irak, la Lybie, la Syrie … l’ingérence est ingérable. Cette même crise permet des manipulations par certains pays aux intentions belliqueuses, se servant des migrants pour assouvir leurs ambitions. A la gloire d’une hégémonie ottomane théocratique, qui possède une volonté plus politique que religieuse. Cette volonté s’appuie néanmoins sur une lecture rigoriste de leur pratique pour s’opposer à un mode de vie considéré comme décadent et immoral de l’occident. Mais bloquer la pensée à l’échelon moral, c’est-à-dire en deçà de la pensée, mène droit au despotisme, religieux ou non.

La démocratie et l’idée de la démocratie, ne sont pas une moraline. Les théories du contrat social ne sont pas toutes des théories de la démocratie, mais elles ont un point commun essentiel : elles définissent toute la souveraineté comme émanant du peuple qui se constitue en Commonwealth ou Res-publica. La bienveillance ne peut pas tolérer toutes les différences, toutes les croyances quand ces dernières sont insupportables et intolérables. Le populisme ne se dissoudra pas de lui-même. La bienveillance en politique est contre-productive quand elle se donne le visage d’une forme de tolérance. Dans les faits, notre démocratie représentative ces cinquante dernières années n’est que le masque du pouvoir de l’argent. La bienveillance devient un instrument de la tyrannie, un instrument compassionnel, qui met en scène le pathos au service d’une autre politique, dont l’issue est une totale aporie.

PICHOT Alexandre Président de l’Ufal-Toulon.

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